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Published on avril 14th, 2015 | by Florian L

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Balade naturaliste #1 – Boust – Avril

Salut ! Voici le premier épisode de la série « balade naturaliste » qui consiste en quelques diapos brièvement commentées autour des plantes, champignons, insectes, traces d’animaux etc. Je me suis fixé un objectif de 2000 mots maximum par article… Sinon, c’est plus une balade mais un marathon…

Pour cette première, nous commencerons par un peu de botanique printanière. Nous sommes en Moselle, dans une parcelle forestière traversée par une voie romaine et bordée par un ruisseau alimentant un vieux lavoir.

Un mot à propos de cette série:
Les balades « naturalistes » remplacent mes articles sur les plantes qui sont des doublons inutiles (et chiants) des guides d’identification… Rassurez-vous, je continuerai de publier des recettes de plantes sauvages comestibles !
Cette série remplace aussi mes publications facebook (plantes, traces d’animaux et cie).

L’arum tacheté (Arum maculatum)

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l’arum tacheté, en version avec et sans tâches.

L’arum tacheté est une plante amusante à observer car son apparence varie énormément au fil des saisons. Pour qui souhaite consommer des plantes sauvages, c’est aussi une belle peau de vache à savoir reconnaitre parce que sa toxicité est… comment dire… très douloureuse !

Pour identifier les feuilles cette plante, il suffit de mémoriser deux critères d’identification: les feuilles sont en forme de fer de flèche (aka sagittée) et la « tige » (le pétiole plutôt) est très longue. Comme les botanistes sont des êtres vils et malfaisants qui aiment vous rendre la vie pénible, les tâches des feuilles qui donnent son nom à l’arum tacheté ne sont pas un critère fiable d’identification. Fallait s’y attendre.

En myco, on aime bien faire gouter de l’hypholome en touffe aux débutants… parce-que c’est ignoblement amer… C’est une forme de bizut. En bota, comme on est tout aussi sadiques, sinon plus, on aime bien faire mâcher un tout petit  bout d’arum tacheté, juste histoire de faire découvrir à quel point cette plante peut faire mal !

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Un feuille en fer de flèche et un long pétiole…

En effet, l’arum tacheté contient des cristaux d’oxalate de calcium.  Ces cristaux sont en forme de pointes et viennent blesser vos muqueuses. Autrement dit, manger de l’arum tacheté, c’est comme sucer un paquet de lames de rasoir. Le danger, c’est que la sensation de douleur apparait environ 1 minute après la mastication. Gênant, voir douloureux (selon la quantité et si vous avez avalé) mais rarement mortel.

J’aurai aussi des choses salaces à raconter sur les noms vernaculaires de cette plante, mais on y reviendra lorsqu’elle sera en fleur. Son mécanisme de fécondation, « façon relation non consentie », vaut franchement le détour.

La corydale solide  (Corydalis solida)

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Je ne sais pas si elle est commune par chez vous, mais ici en Lorraine, la corydale solide est un pokemon rare !

Il y a plusieurs espèces de corydales… Celle ci se reconnait à son bulbe… solide comme son nom l’indique pour une fois (en fait il est plein, celui des cousines est creux)… et à  ses bractées (« feuilles près des fleurs ») lobées.

En temps que survivor, quand je vois ce beau bulbe, je pense immédiatement bouffe (amidon). Manque de pot, toutes les espèces de corydales sont toxiques et comme d’habitude, les principes actifs se concentrent dans le bulbe/rhizome/racine.

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La médecine traditionnelle chinoise aurait utilisé depuis des siècles les corydales pour ses effets sédatifs, antalgiques et pour lutter contre les tremblements. La médecine moderne utiliserait ces mêmes molécules dans des neuroleptiques diminuant les symptômes de la maladie de Parkinson.

Je n’ai aucune information à vous communiquer sur les dosages. Ou plutôt si: aucune consommation. A moins que vous apparteniez à la caste initiée des médecins, des pharmaciens ou des toxicomanes; cette plante n’est pas directement utilisable par le commun des mortels.

La ficaire fausse renoncule (Ficaria ranunculoides)

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Je ne sais toujours pas comment prononcer le nom latin de cette plante. Est-ce ranunculoi-dèsse ou bien ranunculoi-deu ?

Mis à part ce détail, c’est une plante souvent décrite comme toxique, ce qui est vrai… C’est aussi une excellente comestible si on sait quand et comment la consommer.  Elle porte d’ailleurs le nom d’épinard du bucheron.

Comme toutes les renonculacées, la ficaire contient de la proto-anémonine, une substance irritante, moyennement toxique qui peut provoquer à haute dose des contractions musculaires, des nausées, des troubles respiratoires et cardiaques…

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Le truc, c’est que la proto-anémonine est absente au début de la vie de cette plante et se synthétise sous l’effet de la lumière. De plus, la ficaire présente une moindre concentration de ce toxique que ses copines renoncules. Enfin, la cuisson et la dessiccation détruisent la proto-anémonine.

Conclusion ? Il est possible de consommer cette plante au tout début de la saison. Certains diront que l’on peut manger de la ficaire tant qu’elle n’est pas amère (la proto anémonine étant en effet très âcre). Perso, je préfère jouer la carte de la prudence et n’en consommer qu’en l’absence de fleurs.

Les feuilles se mangent comme des épinards d’où le nom d’ »épinard de bûcheron » cité précédemment. Ce plat aurait comme vertu d’être riche en vitamine C et servait autrefois à lutter contre le scorbut (les marins en faisaient usage notamment).

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Les bulbilles… qui sont une plaie à nettoyer… sont servies en corse sous le nom de « couille de prêtre », peut être en raison de leur taille ou d’une quelconque ressemblance… Comme les enfants vont de moins en moins au catéchisme, il n’y a plus grand monde pour en témoigner. Ces bulbilles, riches en amidon, se mangent cuites à l’eau. Je les trouve plutôt insipides…

Pour terminer le chapitre des utilisations sur une note plus légère, la ficaire était autrefois employée comme plante médicinale dans des préparations pour soigner les hémorroïdes.

Niveau identification. C’est une plante très précoce avec de petites feuilles en forme de cœur (cordée) d’un vert luisant.

Bourgeon de marronnier d’inde (Aesculus hyppocastanum, à vos souhaits).

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Pas grand chose à dire à part un petit détail amusant. Le marronnier habille ses bourgeons exactement comme le survivor: avec un système de couches.

La couche extérieure, collante est en fait étanche lorsque le bourgeon est fermé puis vient une sorte de « bourre » cotonneuse permettant de protéger la jeune feuille des effets du gel…

Fleur de saule marsault (Salix caprea).

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Le saule marsault est l’une des premières plantes à fleurir au sortir de l’hiver.

Ce sont ces petits arbres qui produisent ces « chatons » duveteux qui rapidement virent au jaune et font le bonheur des insectes butineurs.

Un peu comme pour les bougeons du marronnier d’Inde, les jeunes fleurs du saule marsault sont recouvertes d’un duvet extrêmement déperlant qui les protège aussi du gel.

Ce n’est hélas pas visible sur la photo, mais le saule marsault est un arbre « sexué » (dioïque): c’est à dire qu’il présente des fleurs soit entièrement mâles, soit entièrement femelles.

Enfin, comme tous les « salix » l’écorce du saule marsault contient de l’acide salicylique. En fait le nom de famille des saules, « salix » vient de cette substance. Elle est antalgique, antiseptique, antipyrétique.

L’anémone des bois (Anemone nemorosa)

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Plante précoce par excellence, l’anémone forme de magnifiques tapis blancs dans nos forêts. En réalité, ce beau spectacle n’est rien d’autre que de l’opportunisme: la plante se développe et exécute son cycle de reproduction avant que les grands arbres ne viennent lui faire trop d’ombre.

La fleur a la particularité de suivre la course du soleil et de se refermer le soir ou par temps de pluie. Ce mécanisme aurait pour but d’optimiser la pollinisation en évitant des gaspiller le pollen et en réfléchissant la lumière afin d’attirer plus d’insectes…

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Une fois le soir venu, les fleurs se referment !

L’anémone des bois appartient à a famille des renonculacées… et si vous avez suivi, vous avez appris avec la ficaire que toutes les renoncules sont toxiques. Donc ! L’anémone est toxique, mais vraiment cette fois ci. La concentration en proto anémonine (irritant) est bien plus élevée que dans la ficaire…

Si vous voulez vous en convaincre, vous pouvez frotter un peu de la plante écrasée sur votre peau: vous allez constater une rougeur et des démangeaisons. On s’en servait autrefois pour soulager les rhumatismes.

A part ça, pas grand chose à ajouter.

La carotte sauvage (Daucus carota)

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Ah la carotte sauvage ! Elle commence à sortir de terre et le début du printemps correspond à la meilleure période pour déterrer ses racines (avec un couteau de camp bien entendu =): avant l’apparition des premières feuilles, il est difficile de la repérer. Une fois que la plante est « montée », la racine devient ligneuse.

En situation de survie bushcraft, on pourra aussi consommer les feuilles cuites en épinards. On peut enfin faire un ersatz de café avec les racines grillées ainsi qu’une infusion avec les feuilles.

On dit que la carotte sauvage peut être confondue avec d’autres ombellifères, dont la cigüe (mortelle)… C’est partiellement vrai. En l’absence de sa fleur, la carotte sauvage présente des poils plutôt rudes (caractère variable) et surtout la racine coupée dégage un de ces parfums… tout un poème ! Les cigües, en revanche, ne sentent jamais bon.

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Est-ce utile de préciser que c’est un excellent comestible bourré de vitamines et minéraux ? Mais veillez à ne pas tout déterrer ! Deux raison à cela : d’une part parcequ’un fort excès de consommation de carotte sauvage se révèle toxique (provitamine A et carotoxine). D’autre part, parce-que les fruits de carotte -récoltables à la fin de l’été- ont un gout de… poire ! Ils rentrent dans la composition de desserts originaux !

D’un point de vue médicinal, la carotte sauvage a de nombreuses vertus dont celle de soulager la gueule de bois et d’être un vermifuge !

Toutes jeunes pousses de hêtre (Fagus sylvatica)

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Regardez comme elles sont mimi, notamment celle avec sa coquille sur la tête, roh !

Bon… Je vais profiter de cet exemple pour vous faire un bref cours de botanique: les plantes à feuilles « vascularisées » sont divisées en deux catégories: les monocotylédones et les dicotylédones.

D’un point de vue pratique, les monocotylédones ont des feuilles à nervures parallèles et les dicotylédones ont des feuilles à nervures en réseau… Bien entendu il y a deux ou trois exceptions à la règle… Mais c’est globalement un truc fiable.

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D’un point de vue botanique, les cotylédons sont des « pseudo feuilles » que la plante développe au tout début de sa vie, des sortes de dents de lait si vous préférez… Les dicotylédones ont deux cotylédons et les monocotylédones n’en n’ont qu’un seul…

Le hêtre est un excellent comestible… en tout cas en ce qui concerne ses feuilles et ses graines (faines). Je me demande si ses cotylédons se mangent aussi en salade… Si vous avez des informations (sourcées) n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires !

Tussilage (Tussilago farfara)

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Vous remarquerez l’absence de feuilles !

 

Je me dois de vous parler de cette fleur, même brièvement… Nous sommes en effet à la fin de la floraison du tussilage et il faudra attendre alors l’année prochaine pour qu’il soit pertinent de vous bassiner avec en parler.

Sur toutes les photos de fleurs de tussilage que vous verrez, ici ou ailleurs, vous ferez attention à un détail : il n’y a pas de feuilles ! Eh oui, la plante fleurit avant l’apparition des feuilles ! C’est pour cette raison bien précise que l’un des noms du tussilage est « fils avant le père ».

Les fleurs de tussilage roulées dans la farine et sautées dans une casserole huilée auront toujours du succès, que ce soit à la maison ou en troupeau bushcraft. Ceci étant, le tussilage contient des substances toxiques pour le foie : l’alcaloïde pyrrolizidinique, que l’on retrouve aussi dans la bourrache et la consoude.

Le tussilage est interdit à la vente en Belgique et en Angleterre… Mais pas en France (alors que la consoude l’est). L’interdiction du tussilage en Angleterre a fait suite à un cas de bébé mort né. La mère aurait -entre autres- fait une consommation excessive de tisane de tussilage. Le mot « entre autres » comprend une quantité remarquable de stupéfiants…

Le tussilage a aussi quelques vertus thérapeutiques mais comme nous approchons des 2000 mots et qu’il y aura encore des choses à dire plus tard sur cette plante à propos de ses feuilles (un vrai PQ roots  ! :), on va s’arrêter là.

Ou pas: les femmes enceintes devraient éviter de boire des tisanes de tussilage (et se piquer à l’héro accessoirement).

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Beau spécimen d’oxalis petite oseille… J’ai encore des tonnes de photo sous le coude… toutes issues de la même sortie… Impossible de tout caser dans un seul article.

Voilà, c’est terminé… j’aurai encore beaucoup d’autres choses dire et à vous montrer ! Sur ce, n’hésitez pas à me faire part de vos trucs & astuces et de dénoncer d’éventuelles erreurs ou approximations.

Prochain coup, on parlera peut être de trucs de pistage & traces d’animaux sauvages.

@+ !

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pratique le camping sauvage, la glane de plantes et champignons, bricole des affuts / abris de fortune... Par l'intermédiaire de Tacticraft, il souhaite aujourd'hui partager sa passion de la "verte".



4 Responses to Balade naturaliste #1 – Boust – Avril

  1. Bernard says:

    Super sujet, merci a toi. La première plante qui illustre le sujet, c’est une rosette de molène bouillon blanc ?

    Amicalement

    • Florian L says:

      Yop, bien vu ! Après je ne saurait pas te dire si c’est une V.thapsus ou V.densiflorum (ou une autre, on en a 5 variétés dans le coin).

  2. Jean-Michel says:

    Merci pour ce passionnant cours de botanique! Dans le midi nous avons pas mal d’arum tacheté, à la place du hêtre nous avons du pin voire avec un peu de chance du chêne de provence, et du tussilage. J’ai lu que la consoude servait lors de la 1ere guerre mondiale à soigner les blessures par balle de nos vaillants poilus, et que les vieux lorsqu’ils avaient des ulcères variqueux s’en servaient aussi. Il parait que les jeunes feuilles de consoude panées et frite à l’huile auraient un goût de sole (le poisson).
    Amicalemnt

  3. hrk says:

    superbe ! merci . c’est beau une connaissance comme celle ci

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