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Published on mars 24th, 2016 | by Florian L

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Feu par percussion, mode d’emploi

La production de feu par percussion se confond avec les origines de l’humanité. Ötzi, le célèbre « homme des glaces » du Tyrol, transportait sur lui un kit feu complet… dont la composition et le fonctionnement n’aura plus de secrets pour vous après la lecture de cet article !

Note :
De mon point de vue « vie sauvage », maitriser la technique de feu « silex / marcassite » n’a pas d’intérêt pratique. En revanche (toujours amha), c’est un moyen d’amuser les petits (et les moins petits =), de les amener au grand air tout en leur transmettant des notions de paléo !

Le kit (voir photo de couverture)
Un set de feu par percussion comprend :

Un percuteur qui sera soit en pierre dure comme du silex ou du quartzite, soit une deuxième marcassite.

Un minerai de disulfure de fer. En d’autres termes de la pyrite ou de la marcassite. Sous l’action du percuteur, une réaction d’oxydation exothermique  du souffre apparait : c’est nos étincelles chaudes ! Dans le cas d’un nodule de marcassite, ce dernier devra être coupé en deux afin d’exposer le cœur non oxydé.

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Tranche d’amadou

De l’amadou conservé au sec. Il servira à « chopper une étincelle » et créer une braise. Ce matériau est extrêmement hydrophile et absorbe l’humidité de l’air. Plus il est humide, moins vite il prend feu. Un chapitre entier (voir ci-dessous) est consacré à la récolte et la préparation de l’amadou

Un grattoir pour extraire la bourre de l’amadou. Il s’agira souvent d’une petite écaille de silex.

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Un chêne coupé par les bucherons et laissé en bord de chemin ? 2-3 coups de pied et l’écorce se décolle…

Et enfin, des fibres végétales sèches comme du foin, de l’écorce interne de certains arbres (chêne, tilleul, peuplier…), certains akènes duveteux (clématite, massette) ou encore de la ficelle végétale (lin, sisal, raphia) dont on a séparé les fibres. Avec l’expérience vous apprendrez quels matériaux fonctionnent le mieux et surtout à réduire la quantité de fibres au strict minimum pour obtenir une flamme (efficience power).

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De tous les matériaux que j’ai testé, l’écorce intérieure du chêne est ce qu’il y a de plus efficace. Le seul inconvénient est qu’elle est souvent humide au moment de la récolte.

Récolte et préparation de l’amadou
L’amadou, matière fibreuse combustible, provient d’un champignon, le « Fomes fomentarius », plus connu sous le nom d’amadouvier ou encore sabot de cheval.
Facile à reconnaître, il pousse quasi exclusivement sur des feuillus dont il provoque la chute en quelques années…
Dernier petit truc amusant, l’amadouvier porte aussi le nom « d’agaric des chirurgiens » car la partie duveteuse est à la fois très absorbante et astringente. Elle servait, il n’y a pas si longtemps, à fabriquer des compresses hémostatiques.

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Fomes fomentarius

 

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L’amadou désigne la matière duveteuse située juste sous la cuticule.

A ce propos !
Un arbre peut avoir l’air sain (écorce intacte, branches feuillues etc.) mais si le tronc est orné de polypores alors il est probablement en train de littéralement pourrir de l’intérieur.
Il faut à tout prix éviter de planter son bivouac à proximité de tels arbres, même par absence de vent ! Des branches de l’épaisseur d’un pneu (surtout sur les vieux hêtres), voir des troncs entiers peuvent à tout moment chuter et vous transformer en tomate écrasée.

Si héritage tu veux toucher; sous un amadouvier, fais dormir mémé (proverbe ancestral).

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Dans cette forêt, c’est pas ce qui manque… si vous regardez bien, au centre de la photo, il y a encore un autre arbre infecté par ce polypore.

Une fois un champignon repéré, il faut commencer par le décrocher de son support. S’il est accessible, une technique efficace consiste à frapper le rebord de la console avec la paume de la main par en dessous (ninja !). Les gros coups de grolles et de massue sont aussi valides !
Si le champignon est trop en hauteur, taillez une perche et frappez la console par en dessous comme si vous vouliez rappeler à vos voisins du dessus que jouer au wiifit en appartement quand on a un cul de baleine, c’est passible de la peine de mort.
Veillez à ne rien vous recevoir sur le coin du museau pendant l’opération (n’oubliez pas que l’arbre est pourri).

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Les gros morceaux ne sont pas toujours les plus intéressants d’un point de vue qualité de l’amadou.

L’étape suivante consiste à ouvrir le champignon en deux pour vérifier s’il est « bon »… Et oui ! Tous les amadouviers ne fournissent pas forcément du bon amadou…
En effet, la partie qui nous intéresse, l’amadou, se situe juste sous la cuticule (la peau dure du dessus). Les tubes et l’attache sont à rejeter… Or certains spécimens sont constitués presque exclusivement de tubes et/ou d’attache.

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3 spécimens présentant un rapport tubes / amadou intéressant.

Une fois un bon candidat sélectionné, il suffit de le débiter en tranches, d’ôter les tubes et l’attache puis de le mettre à sécher.

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Pour couper de l’amadouvier, le mieux, c’est de bâtonner.

Astuce :
La chair de l’amadouvier est particulièrement pénible à couper. La scie bourre, la hachette rebondit et ripe, la lame écrase sans couper… La meilleure méthode consiste à « bâtonner » avec un couteau de camp. La méthode fonctionne autant pour couper des tranches que pour ôter les tubes/attache (Ötzi avait des ESEE farpaitement).

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Yapuka sécher !

Mise à feu !

1 Avec l’écaille de silex, grattez l’amadou au dessus d’une surface sèche (tuile d’écorce, rondin, pièce de cuir etc.) jusqu’à obtenir une bonne quantité de bourre (de la moumoute quoi).

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On gratte, on déchire, on réduit en charpie. Le pas hésiter à arracher les morceaux récalcitrants et à écharper les peluches trop compactes.

2 rassemblez les peluches d’amadou et tapotez doucement sans tasser. Le but est d’obtenir une matière homogène et aérée qui va à la fois « chopper » les étincelles et propager la braise.

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on ramasse les peluches sans les tasser.

3 Avec le percuteur, frappez la marcassite… mais pas n’importe comment !
-> le percuteur doit frapper tangentiellement la marcassite d’un coup sec
-> la marcassite doit être au dessus de l’amadou et le plus proche possible (sans heurter le tas de peluches avec le percuteur) afin que les étincelles tombent sur la bourre.
-> la poussière de marcassite qui recouvre l’amadou aide à l’ignition et ne doit pas être balayée (à mon grand étonnement, des sources sérieuses affirment le contraire… je ne suis pas d’accord : essayez par vous-même avec et sans « poudre » !)

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On frappe la marcassite en la frôlant avec le percuteur. Le choc doit être tangentiel.

4 Au bout de 5 à 30s, selon votre chance et votre coup de main, une étincelle finit par embraser l’amadou : un minuscule point rouge laissant s’échapper un trait de fumée apparait.
A partir de là, pas de panique, rien ne presse ! Dans un premier temps, mettez vos fibres à portée de main et confectionnez une sorte de petit nid d’oiseau.
Revenez à votre braise et rassemblez la bourre en un petit tas tout en soufflant délicatement dessus.

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Bingo !

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Une fois la braise obtenue, on la propage en ramassant le tas sur lui même et en soufflant doucement.

5 Une fois la braise de la taille d’un médaillon de 1cm, la placer dans le « nid » de fibres sèches et refermer délicatement sans comprimer le combustible (ce qui aurait pour effet d’étouffer la braise).
Pour obtenir une flamme, deux méthodes s’offrent à vous :
-> placez le nid en face de vous mais légèrement surélevé (à hauteur de vos yeux). Soufflez délicatement au début puis de plus en plus fort tout en gardant un œil sur le rougeoiement de la braise.
-> agitez le nid en décrivant un « 8 » avec votre bras
On peut alterner l’une et l’autre méthode… surtout quand la tête commence à tourner à cause de l’hyperventilation XD

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De plus en plus de fumée s’échappe du nid, la braise devient de plus en plus orange et se propage aux fibres, vous sentez la chaleur arriver jusqu’à vos doigts… puis enfin, wouf, la flamme apparait comme par magie !

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Une autre méthode fonctionne pas mal, surtout si vous ne disposez pas de fibres assez longues pour fabriquer un nid (des aiguilles de sapin par exemple). Laissez votre braise où elle est et placez vos fibres par-dessus en maintenant le tout légèrement comprimé (sans étouffer)… et souffler latéralement… C’est… moins spectaculaire mais plus simple.

 Bon bah voilà, il ne vous reste plus qu’à enfiler votre peau de bête et louer une jolie petite caverne classe énergétique Z.

@+

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Prévoir de quoi se laver les mains en fin de séance…

 

 

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pratique le camping sauvage, la glane de plantes et champignons, bricole des affuts / abris de fortune... Par l'intermédiaire de Tacticraft, il souhaite aujourd'hui partager sa passion de la "verte".



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