techniques

Published on janvier 21st, 2017 | by Florian L

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Le feu, 2e partie

Dans la première partie, nous avons vu les grands principes du feu. La seconde partie traite quasi essentiellement de la récolte et transformation du combustible.

Abattage

Principe du « mort sur pied »

Cherchez des arbres morts sur pied. C’est du bois mort, mais qui tient encore debout.
Même en conditions humides, ce bois sera le plus sec car :
-> il est debout donc moins de surface exposée à la pluie
-> l’eau ne stagne pas, elle dégouline par gravité
-> le bois n’est pas en contact avec le sol humide
-> sèche au vent à 360°

Vertical, écorce qui se barre, mort mais pas trop pourri non plus = OK

 

On reconnaît un arbre mort sur pied de loin à son écorce qui part en lambeaux et à son absence de feuilles vertes / bourgeons.
De près, on vérifie que l’arbre est bien mort en tordant les branchettes : elles doivent casser en produisant un bruit sec. Si les branchettes plient sans casser l’arbre peut sembler en piteux état mais est pourtant encore vivant ! Le bois vert étant un très mauvais combustible, inutile de l’abattre.

L’arbre a l’air « mort sur pied » mais la présence de bourgeons et de brindilles souples indique qu’il est encore vivant (et donc humide).

 

Attention, il est aussi possible que l’arbre mort sur pied soit « ultra pourri ». Le bois devient alors spongieux et absorbe l’humidité. C’est un cas de figure à rejeter. Tapez le bois avec le dos de votre lame, si le son est clair, le bois est sec. Si le son est « moelleux », le bois est pourri.

Tout bois couché doit être considéré comme humide.  Le pire du pire, ce sont les branches allongées par terre : 100% de chances que le bois soit trempé à cœur.

A tous les coups, le bois sera humide. Il peut toutefois être intéressant de le stocker à l’abri dans un camp fixe afin de le laisser sécher pendant 3 à 6 mois.

 

Abattage à la main

Beaucoup d’arbres morts sur pied peuvent être abattus à la main ! Il suffit juste de les pousser légèrement pour les déraciner.

Il vaut mieux abattre 5 petits arbres qu’un seul gros. C’est moins dangereux, ça demande moins d’outils (poids du sac), c’est plus facile à fendre (fatigue, articulations des doigts) et c’est tout aussi sec qu’une grosse bûche…

Aucun effort…

 

Strictement aucun effort…

 

Attention ! Il existe une technique d’abattage à main par résonance que je déconseille. Lorsque l’arbre ne veut pas tomber mais « oscille » lorsqu’on le pousse, on peut créer un effet de balançoire que l’on amplifie entre chaque va et vient. Au bout d’un moment, l’arbre finit par tomber.
CEPENDANT ! Lors du mouvement de balancier, la cime casse en hauteur neuf fois sur dix, direction votre gueule ! Je trouve cette technique beaucoup trop dangereuse.

En quelques dizaines de secondes, on récolte deux belles perches. Un ratio temps / efforts / résultat des plus intéressants !

 

Abattage à la scie

Parfois, l’arbre mort sur pied ne veut pas tomber (ou bien on veut tomber un truc plus gros pour une raison X).

Plutôt qu’utiliser une hache ou un gros couteau de camp pour abattre cet arbre, je trouve qu’il est moins pénible et plus rapide d’utiliser une scie.

La méthode est simple, relativement sure. Voir photos.

D’abord, on vérifie que sa zone de fuite est dégagée puis on coupe une « entaille directionnelle » qui va déterminer la trajectoire de chute de l’arbre.

 

Le coin peut parfois refuser de se détacher. Il vaut mieux le pousser de la pointe de son couteau qu’avec ses doigts. Attention tout de même à ne pas glisser sur la lame…

 

On va ensuite couper du coté opposé de l’entaille, légèrement au dessus du « V » (voir pointillés).

 

On profite de l’allonge de la scie pour augmenter sa distance de sécurité. On surveille la cime et on tend l’oreille. La zone dangereuse est évidement à 180° du coté où l’arbre est censé tomber. Il y a aussi une zone dangereuse à l’opposé de la trajectoire de chute: la souche peut se fendre et le tronc bascule vers vous. Par conséquent, les zones « à peu près » safe sont les cotés, avec un léger angle de 30° vers l’arrière.

 

Au premier craquement sonore, on se barre !!!! Il ne faut pas attendre que l’arbre commence à basculer, il faut vraiment avant tout se fier au son !

 

Finir le boulot ne représente ni difficulté ni danger particulier.

 

Attention danger : la cime peut être beaucoup plus pourrie que la base du tronc. Lors du sciage, l’arbre est secoué. La cime peut vous tomber sur le coin du museau… Surveillez la cime ! Dans tous les cas, ne coupez pas un arbre mort dont la masse pourrait grièvement vous blesser !

Couper

Technique de base à la scie

La scie est un outil simple et efficient. Il y a cependant deux astuces à connaitre.

1 La fente de sciage doit s’écarter et non pas pincer la lame de la scie. Voir photos.

L’extrémité de la bûche en porte-à-faux va écarter le trait de scie au fur et à mesure, facilitant la coupe.

 

Sur cette figure, le trait de scie va finir par pincer la lame. La coupe est non seulement plus difficile, mais on risque d’y casser sa lame !

 

2 Faire varier l’angle de la scie afin que la surface de bois en contact avec les dents soit la plus petite possible, ainsi vous ferez moins d’efforts.  Voir photo.

En pointillé, le trait de scie actuel. Plutôt que continuer de scier à plat, on donne un angle à la lame afin « d’attaquer » une surface de coupe plus petite.

 

Au fond, couper, ça sert à rien !

Pourquoi couper ?  Au fond, ça ne sert à rien !

Débiter les troncs en bûches et empiler son stère comme à la maison. Ca fatigue et ça prend du temps… Si on veut stocker du combustible au sec dans son camp fixe, pourquoi pas…

En revanche, en bivouac (camp levé le matin), vous pouvez vous contenter de placer un tronc dans le feu et les flammes se chargeront de « couper » le bois à votre place !

Vous pouvez aussi faire brûler le bout de vos perches et les pousser au fur et à mesure dans le foyer !

Pour l’article, je me suis limité à deux perches, mais pour que ça fonctionne bien, il en faut au moins 5, sinon plus.

 

Perso, les bûches de la taille de mon avant bras servent uniquement à faire du petit et moyen bois par temps humide. J’en coupe rarement plus de trois de cette taille.  Le reste est débité en « double bûche » de 1m environ qui seront brulées en leur milieu… Il m’arrive même de ne rien débiter du tout et de balancer les perches telles quelles dans le feu !

Vous préférez quoi ? Scier à genoux sur le sol froid, ou attendre que le travail se fasse tout seul, le cul au chaud ? ^ ^

Moins j’en fais, mieux je me porte ! Dans certaines situations de survie, moins on dépense de calories et plus on tient longtemps… Les fainéants ont enfin une discipline où ils partent avec un avantage ^ ^.

Fendre le bois

Pourquoi fendre ?

Le bois est toujours un peu humide sur sa périphérie (surtout s’il lui reste de l’écorce) mais reste sec à cœur. On fend donc le bois par temps humide afin de produire du petit bois sec. Stou.

Il n’est pas nécessaire de TOUT fendre !

A la maison, on fend des bûches avant de les stocker afin de les faire sécher sous abri (souvenez vous, phase 1, toussa). Ce faisant on augmente leur pouvoir calorifère (on chauffe plus avec moins de bois). Question d’économies pécuniaires.

Au camp, on raisonne autrement : le combustible est gratuit, c’est notre temps et notre énergie que l’on peut vouloir économiser.

Donc, on fend des bûches pour démarrer un feu en conditions humides. Une fois le feu passé en phase 3 (braises & forte chaleur) , il est superflu de l’alimenter avec du bois fendu !

 

Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer comment on bâtonne XD

De même, lorsque le temps est sec, les petites branches sont généralement sèches et il n’est pas indispensable de fendre son petit bois (voir chapitre sur le petit bois) !

Maintenant, si votre truc c’est de fendre du bois bien dur comme un bûcheron musculeux et passer des soirées  au coin du feu entre membres de la communauté « bear » ! No Judgement.

Nouveau magasine bushcraft !

Évitez la difficulté !

Bâtonner peut potentiellement se révéler ultra pénible : obligé de taper comme un sourd, couteau qui coince etc. On peut même finir par en casser son outil par temps froid car le gel rend l’acier brisant !

Le mieux est de contourner les problèmes en sélectionnant soigneusement sa bûche à fendre :
– évitez les bûches comportant des nœuds ou virez la partie problématique à la scie. Par exemple, j’aime faire mon petit bois à partir d’une bûchette d’épicéa coupée entre deux parties noueuses : virer les nœuds transforme un calvaire en bois qui se fend rien qu’en le regardant !
– ne cherchez pas à fendre des bûches d’un diamètre de plus de 10cm. Je sais qu’on voit ça partout dans les vidéos-reviews de couteaux,  mais ça ne sert à rien… A part peut-être démontrer la solidité du couteau.

Technique des coins

Si pour une raison X vous souhaitez quand même fendre une grosse bûche noueuse, il est plus que recommandé d’employer la technique des coins : moins dangereux, moins de casse d’outil, plus efficient…

Papy Kochansky nous a fait une vidéo où il nous montre comment il fend un tronc (sisi) avec un couteau de la taille d’un Mora grâce à la technique des coins. A voir en suivant ce lien.

Exploiter les failles du bois

Si le bois présente des fissures, il est malin de fendre sa bûche en exploitant les failles du bois…  On n’y pense pas assez.

On commence par tailler des coins. Il existe plusieurs techniques mais toutes reviennent au même.

 

On peut se débrouiller avec un seul coin, mais je trouve qu’il en faut minimum 2 pour être tranquille.

 

On profite d’une fissure naturelle du bois…

 

On tape alternativement sur les différents coins, un par un…

 

Et paf, même pas besoin de couteau !

 

Faire du « petit bois » de démarrage

La production de petit bois de démarrage est la phase la plus importante dans la préparation de votre feu ! Veillez à ce qu’il soit de bonne qualité et en grande quantité (Bien, c’est plus rapide que vite).

Bizou sec ou mouillé ?

Un moyen de vérifier si votre bois est sec, c’est de lui faire un « bizou » sur la tranche. Si vos lèvres collent un peu au bois, c’est qu’il est sec. Sinon vous sentirez de l’humidité.

Crac ou pas crac ?

Quand le petit bois est sec, il doit casser en faisant un bruit … sec. S’il plie mollement, le bois est vert. S’il casse en faisant un bruit sourd, c’est qu’il est humide.

Épicéa

Lorsque l’épicéa grandit, ses branches basses restent dans l’ombre, n’apportent plus de photosynthèse et finissent dévitalisées : c’est du tout petit bois mort qui se récolte à la main. L’épicéa étant un bon inflammable, c’est l’idéal ! Une minute de récolte suffit pour ramener un immense fagot qui permet de démarrer son feu de camp sur les chapeaux de roues !

Les branches qui restent dans l’ombre sont mortes.

 

Le seul inconvénient, c’est que les parcelles d’épicéas sont ombragées, ont le sol parfois recouvert de mousses retenant l’eau et sont donc très humides (+95% d’humidité dans l’air).  Préférez récolter les petites branches exposées au vent, en lisière et au soleil (si possible).

Du petit bois récolté en moins de 30 sec, sans se fouler…

 

Si l’écorce extérieure est détrempée / recouverte d’algues, trouvez autre chose : ce sera trop humide…

Branchettes en hauteur

En l’absence d’épicéa, dans les hêtraies / charmeraies de ma région, j’ai pour habitude de constituer mon petit bois en récoltant les branchettes mortes qui restent coincées en hauteur. Elles sont très fines et exposées au vent. C’est un très bon combustible facile à récolter.

Hélas, juste après la pluie / neige, ce petit bois sera trop mouillé !

Les brindilles qui pendouillent aux arbres sont en général mortes et bien sèches…

 

Résultat après quelques minutes de récolte…

 

Fendre des crayons

Il existe une technique simple et rapide pour fendre une bûchette en petits crayons à l’aide d’un couteau. La technique ressemble beaucoup à celle où on frappe une hachette et une bûchette simultanément… Voir photos ci-dessous.

On imprime la pointe du couteau dans le 1/8e de bûche puis on frappe simultanément le couteau et la « planchette ».

 

Une fois que le morceau de bois commence à splitter, on effectue une torsion du poignet pour écarter les fibres.

 

Puis on répète l’opération en poussant la planchette. Remarquez le tranchant du couteau à l’opposé de mes doigts.

 

Attention, le risque est de faire glisser sa main sur la lame. Préférez un couteau muni d’une vraie garde, d’un manche qui accroche et portez des gants anti-coupure… Ou bâtonnez votre couteau par l’arrière, c’est plus lent, plus pénible, mais plus sur.

Plus chiant mais moins accidentogène.

 

Arracher des chips

Faire des copeaux et/ou du tout petit bois, c’est long… Arracher des chips est beaucoup plus rapide et ne nécessite aucun outil.

Cette technique ne fonctionne pas avec toutes les essences de bois ni à n’importe quel stade de décomposition. Il faut un bois présentant des fibres droites, sans trop de nœuds et qui ont tendance à se décoller en lamelles.

Pour connaitre le geste, voir photos.

Si en pliant / cassant le bois en deux, il fait des échardes, c’est probablement bon.

 

Il suffit de pincer une écharde avec ses doigts et de la décoller… tout simplement…

 

TOP !

 

Ce que l’on obtient en quelques minutes…

 

Fins copeaux et autres bullshit-sticks  !

J’ai du mal à comprendre cette mode du featherstick : ça demande de la dextérité fine, un couteau rasoir, beaucoup de temps, un bois tendre au fil impeccablement droit…

Ok, les feathersticks sont l’ultime allume feu lorsque tout le reste est archi-détrempé. Mais si j’en suis réduit à faire des copeaux… c’est que j’ai sérieusement merdé le contenu de mes poches / sac en amont !

Le seul intérêt de ces copeaux, à mes yeux, c’est de faire passer le temps/s’amuser avec un nouveau couteau, mais c’est tout !

En fait, la « couteaugraphie » induit énormément en erreur…

Plutôt que « perdre » du temps à faire ce tout petit bois, même si tout est humide, essayez plutôt d’enflammer une quantité double voir triple d’allume feu bien bourrin que vous aurez emporté avec vous (voir chapitre allume feu).

Vous pouvez aussi doper une partie de vos copeaux  en les mélangeant à un corps gras, ce qui les transforme en initiateur de flamme de compet. Du coup vous aurez besoin de moins de copeaux et donc de moins vous faire chier.

Conservez votre petit bois à l’abri !

L’humidité, c’est l’ennemi du feu (phase 1, toussa).

Même si il ne pleut pas, ne posez pas votre petit bois à même le sol humide. Posez le au moins sur une surface étanche comme un tapis de sol, un poncho etc.

Certaines personnes mettent leur petit bois au chaud sous leur veste : en plus d’être réchauffé, il sèchera un peu. C’est une très bonne astuce, mais en ce qui me concerne, mes couches thermiques en laine sont trop fragiles car les branchettes risquent de s’y accrocher (woolpower). C’est à vous de voir.

Les autres calibres de bois (moyen bois, bûchettes etc.)

Ecorcez !

Dans du bois mort sur pied,  environ 80% de l’humidité est contenue entre l’écorce et l’aubier. C’est encore plus vrai si votre bûche est recouverte de mousse. En conditions humides, il peut être intéressant d’écorcer votre combustible avant de le mettre au feu.

Pour écorcer, pensez à gratter avec le dos de votre lame, ça va parfois plus vite qu’avec le tranchant (ça dépend des espèces…) !

 

Parfois, l’aubier est totalement pourri tandis que le duramen est d’excellente qualité (ici, du chêne). A défaut de mieux, il est recommandé de retirer la partie pourrie car probablement humide.


Avoir des diamètres de + en + gros jusqu’aux bûches

On va enfoncer une porte ouverte : essayez de trier votre bois par diamètre croissant avant d’allumer votre flamme. Vous perdrez moins de temps à chercher le bon calibre de petit bois alors que votre jeune feu est encore très fragile.

Différents calibres de bois, triés et coupés de l’humidité du sol.

Fin de cette seconde partie. Il reste encore une 3e et dernière partie à publier… On parlera des initiateurs / allume feux ainsi que de l’allumage.

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About the Author

pratique le camping sauvage, la glane de plantes et champignons, bricole des affuts / abris de fortune... Par l'intermédiaire de Tacticraft, il souhaite aujourd'hui partager sa passion de la "verte".



3 Responses to Le feu, 2e partie

  1. hrk says:

    excellent, comme d’habitude!
    un p’tit msg d’encouragement
    Merci pour ton blog

  2. Pingback: Tacticraft | Bushcraft, nature, survie, botanique, matériel et techniques

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