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Published on février 7th, 2015 | by Florian L

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Review: Varusteleka Skrama

La clef de voute en matière de design de couteaux de camp (et de machettes) réside dans l’emplacement du centre de gravité. S’il est éloigné de la main, le couteau frappe « lourd » mais il est peu précis. Si le point d’équilibre est proche de la main, le couteau est rapide et précis mais manque « d’inertie».
L’originalité du Skrama est de proposer un manche « extra long » autorisant différentes positions de la main, ce qui permet d’obtenir un couteau à la fois agile et capable de coupes « lourdes ». Alors gadget ou pas ?

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Généralités :

Couteau fabriqué et vendu par Varusteleka pour 65€ (+ frais de port de 18€ !).

Poids de l’étui simple : 100g
Poids de l’étui bidouillé : 155g
Poids de l’étui en cuir : 210g
Poids de l’étui kydex : NC
Poids du couteau Mk1 acier carbone : 540g
Poids du couteau Mk2 acier inox : 490g

Longueur du manche : 20cm
Longueur de la lame : 23cm
Epaisseur de la lame : 4mm

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A gauche un Skrama carbone Mk1 et à droite un Skrama inox Mk2

Acier carbone : 80CrV2, 59HRC (selon le fabricant)
Acier inox : X55CrMo14, 57HRC (idem)

Manche en plastique tendre finement texturé.

Sur le modèle « carbone », le revêtement de la lame semble être une sorte de phosphatage, ce n’est pas de la peinture en tout cas. Par ailleurs, les flancs de la lame sont rugueux, non finis et ont un aspect « brut de forge » (/ !\ le couteau n’est pas forgé !).

Le modèle Inox présente des flancs lisses et sans revêtement.

Construction en pseudo plate semelle (voir photo ci dessous).

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Credit photo: ©Varusteleka

Etuis

L’étui de base en plastique Mk2 : Le couteau est livré avec cet étui. Il est léger et présente des trous de drainage/séchage efficaces (sur toute la hauteur de la lame).
La rétention par friction est correcte et fonctionnelle.
Le repose pouce de la version Mk2 (absent sur la version Mk1) permet une extraction à une main.
L’étui ne propose aucune attache ceinture. De plus il n’y a aucun œillet permettant une quelconque fixation. C’est un étui pour établi de jardin ou pour un port DANS le sac à dos. De fait, cet étui ne me sert à rien.

L’étui bidouillé : Il s’agit du même étui que précédemment mais avec l’adjonction d’un clip plate issu de l’ESEE6, attaché avec du scotch et du fil de fer…
Le port à la ceinture devient vite insupportable en raison du manche qui vient s’enfoncer dans le flanc du porteur.
Le port en bandoulière est instable car l’attache est située sur le centre de gravité de l’ensemble étui + couteau.
Ce clip me permet avant tout d’attacher/détacher rapidement le couteau sur l’extérieur de mon sac.

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De gauche à droite, détail du passage dragonne, de la pointe et de la garde.

L’étui cuir : Vendu séparément, il s’agit du même étui plastique que ci-dessus simplement « enrobé » d’une chaussette de cuir et garni d’une boucle et d’une attache à pression… L’ensemble est inutilement lourd.
Je m’explique… Du point de vue fonctionnel, il n’y a aucun intérêt à conserver la partie « chaussette » qui rajoute du poids sans autre intérêt que l’esthétique du cuir.
Le port au ceinturon comme en bandoulière est insupportable en raison du mouvement de balancier : ça gigote de trop dès que l’on marche. On peut éventuellement relier l’étui à sa jambe par une cordelette mais cette solution apporte son lot d’ennuis et surtout rend l’extraction du couteau difficile (il faut se contorsionner).
La boucle permet d’attacher le couteau sur le coté du sac MAIS le couteau + étui étant très long, sur mon Berghaus Vulcain (un 100L …), le bas de l’étui dépasse et traine par terre lorsque je pose mon sac…
AMHA, l’achat de l’étui en cuir est dispensable.

L’étui Kydex : Varusteleka propose un étui en Kydex. J’en ai reçu plusieurs (histoires de SAV)… Tous ont le même défaut : la lame frotte contre le kydex et la rétention est extrême, voir dangereuse : il faut tirer comme un sourd et le couteau vient d’un coup.
A moins qu’ils aient entre temps amélioré le produit, cet étui est médiocre.

Conclusion : le Skrama ne propose pas d’étui pratique. C’est un défaut très gênant.

Ergonomie du manche

Le plastique légèrement texturé offre un bon grip sur des mains sèches mais se révèle glissant en présence de boue.
Le contact entre des gants enduits de polyuréthane et le manche offre un bon grip quelles que soient les conditions.

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Prise en main éloignée du centre de gravité: le couteau se comporte en chopper lourd.

La garde est traitresse : elle forme un arrondi en pente douce qui n’arrête pas vraiment la main. Les mouvements d’estoc, comme simplement vouloir piquer une bûche pour la déplacer, sont à éviter. Il faut utiliser ce couteau comme un leuku sans garde, c’est-à-dire couper uniquement en tirant.
En revanche, la butée à l’arrière du manche est très bien conçue : lors de coupes à la volée, elle empêche le couteau de prendre son envol sans pour autant blesser le petit doigt.

L’épaisseur du manche et sa forme ovoïde sont agréables. J’ai rajouté un peu de grip de raquette de tennis pour l’épaissir et l’adapter à mes mains de taille 10-11.

Le trou de dragonne extralarge est très sympa pour suspendre l’outil à une branche d’arbre ou un clou. Elle fait aussi office de pommeau-marteau.

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Prise en main rapprochée du centre de gravité: le couteau se manipule aisément à la manière d’un 5″ / 6″.

Enfin, il y a un petit détail qui me chiffonne : le plastique du manche s’avance sur le dos de la lame. Ceci va entrainer de multiples inconvénients :
– vu de dessus, on a tendance à vouloir saisir le couteau à cet endroit pour réaliser des coupes de précision tout en ignorant que la partie inférieure est tranchante. Il est possible de bêtement se blesser.
– ce morceau de plastique rend incompatible le couteau avec des étuis génériques.
– on perd quelques centimètres de dos de lame, ce qui est non négligeable lors de tâches de bâtonnage.

Travaux de coupe « utilitaire »

Aliments : la forme de la lame en pseudo scandi a tendance à éclater les aliments « croquants » comme les carottes ou les pommes… qui deviennent alors non comestible (je déconne =). Grâce à ses deux « grips », ce couteau peut à la fois servir de feuille (hachoir) et de « couteau de chef ». En situation de survie cuisine sauvage, c’est un outil intéressant.

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Sa faible hauteur de lame le rend très confortable sur les coupe « deux pouces ».

Tailler une encoche : la hauteur de lame permet des coupes « deux pouces » confortable et efficaces. Le couteau testé est un Mk1. Il faut savoir qu’un Mk2 serait encore meilleur sur cette tâche car les premiers cm de lame sont affutés selon un angle plus aigu.

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Aucun souci pour effectuer des coupes franches.

Tailler une pointe : le couteau est efficace sur les coupes franches. RAS donc + même remarque que ci-dessus concernant le Mk2.

Faire des copeaux / feathersticks : l’émouture pseudo scandi donne l’impression de manipuler un leuku. Ajoutons à cela la prise rapprochée du centre de gravité et on obtient un couteau plutôt performant pour générer de fins copeaux / tailler des feathersticks. Je trouve ce Skrama Mk1 nettement plus efficace qu’un ESEE6 mais tout de même moins pratique qu’un « vrai » scandi, comme un Mora par exemple.

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Avec son émouture mi sabre, mi scandi, le Skrama se comporte vraiment comme un leuku.


Bâtonnage :
la longueur utile du dos de lame est équivalente à un ESEE6. De ce point de vue, le Skrama est plutôt mauvais pour un couteau de 540g. Vous serez donc limité à des bûchettes de taille moyenne ou bien vous devrez fendre à l’aide de coins. Au-delà de cet inconvénient, le couteau fend : RAS.

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Du moment que l’on ne cherche pas à battre des records de largeur de buche, ce couteau fend…

Bâtonnage par le cul : la forme de la pointe rend le bâtonnage par le cul potentiellement dangereux. En effet, le couteau a tendance à riper et à basculer tranchant en avant. Ceci dit, si on est vigilant (positionner le tranchant vers l’extérieur), il est parfaitement possible de débiter de crayons de bois à partir de bûchettes. La forme de la garde rend cette opération dangereuse si on décide de refendre en « poignardant » plutôt qu’en bâtonnant.

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Attention au risque de riper. La forme de la pointe provoque alors une éjection tranchant vers l’avant.

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Mais si on reste raisonnable (ne pas taper comme un sourd) le risque est modéré.

 

Faire un trou/pré trou : la forme de la pointe rend difficile l’opération de perçage du bois.

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La forme de la pointe n’est pas très pratique… mais en insistant on finit par y arriver. Là encore, le couteau risque de riper.


Conclusion :
ce couteau est très à l’aise sur les petits travaux. En fait, il est aussi maniable qu’un couteau de 5 ou 6 pouces et s’acquittera facilement de toutes les tâches communes qui n’impliquent pas l’usage de la pointe.

Travaux de coupe « camp »

Avant propos : bien que je sois critique,  je dois reconnaitre que le Skrama est un vrai « chopper » doté d’une inertie conséquente, d’un grand confort de prise en main et d’une quasi absence de vibration dans le manche. Ceci étant dit, on peut commencer à chipoter ^ ^.

Machette sur herbeux : le couteau a tendance à coucher les plantes herbacées souples. Il coupe néanmoins à la volée les ronces et cardères/chardons.

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On plie la branche…

 

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… et paf !

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J’ai du m’y prendre à deux reprises. Un Junglas aurait coupé ça net.

Coupe de bois vert : le couteau mord assez bien sur les premiers centimètres puis stoppe brusquement sa course. Il est très rare de parvenir à couper « net » une branche de la taille d’un pouce, que ce soit à plat sur un billot ou en mode « machette ». Par conséquent, les coupes avec cet outil ont un coté un peu « crade ». C’est un effet commun sur les émoutures sabre et scandinaves.

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Coupe à plat sur billot.

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Pour une coupe propre, beaucoup de sections « crades ».

Coupe de bois sec : même remarque que ci-dessus. Le fait que le couteau morde peu a pour avantage qu’il ne « colle » pas à la bûche. D’ailleurs, il est justement difficile d’utiliser ce couteau comme une extension de son bras pour ramasser du bois sans avoir à se baisser (chose que je fais couramment avec un Junglas par exemple).

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Coupe de bois sec en mode « kebab »: on fait tourner le bâton et on essaye de frapper toujours à la même hauteur. C’est une technique très efficace. Attention aux jambe !

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Sur des sections moyennes, le Skrama est plus rentable que ma petite scie !

Sculpter / apointer : je me répète, ce couteau me fait vraiment penser à un leuku. Il est possible de réaliser des coupes à la volée fines et précises dans le but de sculpter (à des fins artistiques ou utilitaires). Bien entendu, réaliser des « pieux » ne pose aucun problème.

Réalisation d’un « plat » (pour une planche à découper par exemple). Comme dit précédemment, ce couteau se comporte en leuku: il est apte à effectuer des coupes à la volée très précises.

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Réalisation d’un petit pieux. Aucun problème.

Creuser : la forme de la pointe et la faible hauteur de lame rendent ce couteau moins efficace qu’un bâton fouisseur pour ce qui est de creuser un trou.

Écorcer : efficace. Rien à signaler.

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Écorçage.

Utilisation en mode plane : la faible hauteur de lame laisse peu de place à la main. Il reste possible de produire des copeaux « à deux mains » en bloquant la buche contre sa poitrine mais des travaux plus lourds nécessitant d’empoigner fermement l’outil me paraissent risqués.

Conclusion : le Skrama est un très bon chopper, capable à la fois de coupes puissantes et de précision.
Si vous aimez la façon dont les leukus coupent mais que vous souhaitez un truc au look moins « grand-mère à moustaches », alors vous aimerez probablement le Skrama.
En revanche, si vous êtes habitué à des lames « full flat » (Junglas, Gurkha Kukri Cold Steel etc.), vous aurez l’impression que le couteau ne mord pas vraiment (mais ces lames se coincent dans le bois) et risquerez d’être déçu. C’est une question de gout.

Fiabilité

On aborde le gros, gros, gros point noir de ce couteau : sa fiabilité.

Je n’ai personnellement pas rencontré de problèmes avec mes modèles que j’ai utilisé lors de sorties « bouffecraft » impliquant un feu de camp.

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Credit photo: ©Mac Saphon

Cependant j’ai eu écho de deux personnes ayant littéralement détruit la lame de leur Skrama en coupant simplement du sapin (bois tendre par excellente) !
Il semblerait que la trempe des Skrama, ce soit un peu la loterie : une personne qui rencontre un problème, ça arrive… Deux personnes qui rencontrent le même pépin pour un couteau peu répandu, ça commence à faire beaucoup !

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Credit photo: ©74Leman (oui oui ce sont bien deux Skramas différents qui présentent le même pépin).

Verdict

Le coup du manche extra-long est une excellente idée que l’on aimerait voir plus souvent. Ce point de design apporte une polyvalence telle que le Skrama se suffit à lui-même et ne nécessite pas l’emport d’un « Mora » complémentaire.

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Pas de gants…

Quant au couteau… Son absence de solution de port, sa pointe contre-productive, le manche qui s’avance sur le dos de la lame et surtout les problèmes de fiabilité font que j’aurai plutôt tendance à vous déconseiller ce couteau… sauf à titre de curiosité.

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Souvenirs…

Si Varusteleka nous pond une version Mk3 avec une pointe centrée de type « drop point », un étui potable et surtout une garantie à vie façon ESEE, alors le Skrama deviendra un incontournable. En attendant, Varusteleka rate le « Hit » de peu, c’est dommage…

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En mode plane, le tranchant vient chatouiller les doigts.

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About the Author

pratique le camping sauvage, la glane de plantes et champignons, bricole des affuts / abris de fortune... Par l'intermédiaire de Tacticraft, il souhaite aujourd'hui partager sa passion de la "verte".



3 Responses to Review: Varusteleka Skrama

  1. Bison Furtif says:

    Bonjour et tout d’abord merci pour ton blog très bien réalisé et super instructif. Les essais que tu présentes sont toujours très bien étayés et me font découvrir du matos qui m’était inconnu jusqu’alors, du poncho à la scie pliante. Mais là, l’essai ne semble pas transformé, dommage. Je suis aussi à la recherche de l’outil de camp idéal, même s’il s’agit plus de se faire plaisir en sortie nature qu’en exped bushcraft pur jus.
    Au plaisir de te lire à nouveau, bonne poursuite et bravo encore pour ce blog excellent.

  2. Tibo says:

    Bonjour et merci pour le blog très riche et très instructif. J’ai lu et relu ce test avant de me laisser tenter par le Skrama (les frais de port on baisser à 9,30 euros). ça m’a notamment permis de ne pas me poser trop de question sur les étuis proposés.
    Personnellement j’ai ajouter deux bandes de chambres à air autour de l’étui de base, ce qui me permet de le porter horizontalement à la ceinture dans le dos (comme un scramasax traditionnel). D’autre part j’utilise volontiers en sortie un pantalon de type travaux / artisan muni d’une poche à cutter / crayons qui va comme un gant au Skrama (la chambre à air augmentant le grip dans la poche). Sachant qu’il est dans le sac quand je marche vu la taille de l’engin!
    Ce n’est pas pour dédouaner le Skrama de son absence de solution de portage efficace mais juste pour partager une combine qui correspond à ma pratique, je ne porte jamais de couteau verticalement à la ceinture (je trouve toujours ça gênant).
    Encore merci pour le test et le blog!

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